Simon Pambou (Gaz Metan): "Se construire humainement"


Simon Pambou évolue depuis l'été 2020 en Roumanie - Crédit photo : DR

Formé chez les Canaris, passé par la Serie B italienne, la Slovaquie et Israël, avant de finalement faire ses premiers pas en pro dans l'Hexagone à Grenoble, Simon Pambou est un joueur au parcours atypique. Itinéraire d'un milieu de terrain au petit gabarit, mais qui a de grandes ambitions.


Matias Arraez: Parle nous de ta formation au FC Nantes.


Simon Pambou: Ma relation avec le FC Nantes a commencé en région parisienne, quand j'avais 11-12 ans. A l'époque plusieurs clubs et centres voulaient me recruter. Mais j'ai assez vite porté mon choix sur la formation nantaise. Elle était très réputée, c'était l'un des meilleurs centres. Il y avait énormément de jeunes qui sortaient du club à ce moment là. Ma famille et moi n'avons pas longtemps hésité avant de porter notre choix sur le FC Nantes. J'ai donc signé un contrat de cinq ans avec eux, de type ANS (Accord de non-sollicitation), puis j'ai été placé deux ans au pôle espoir de Reims. Après ces deux années, j'ai rejoint le centre de formation où j'ai été placé dans le groupe des U17 Nationaux. La génération 95-94. A l'époque j'étais ailier droit. J'ai marqué pas mal de buts, on a fait une bonne saison. La deuxième saison, j'étais toujours en 17 ans, et c'était cette fois avec les 95-96. Puis, en U19 Nationaux, on avait aussi fait une belle saison, avec une finale de play-offs. Mon passage au centre de formation du FC Nantes m'a permis d'engranger des connaissances importantes mais aussi de passer mon baccalauréat.


MA: Pourquoi avoir pris la décision de quitter le club et de partir immédiatement à l’étranger ?


SP: Au moment de prendre cette décision, je sortais d'une saison en U19 Nationaux où je n'avais pas énormément joué. Le directeur du centre de formation, Samuel Fenillat, me reçoit donc dans son bureau pour le fameux entretien de fin de saison. Il m'annonce "Simon, on ne va pas te garder". Moi j'accepte, je dis "très bien". Puis une semaine plus tard, c'est le coach des U19, Philippe Mao, qui m'appelle pour me dire "C'est vrai que tu n'as pas beaucoup joué cette saison. Mais le peu de match que tu as fait, contre Rennes, ceux que tu as montré en CFA2, ça c'est très bien passé. Moi j'ai envie de te garder pour que tu sois avec les 19 pour que tu sois un cadre de cette équipe." Personnellement, mon objectif personnel à ce moment précis c'était de signer professionnel. J'étais jeune, pleins d'ambitions et je connaissais mon potentiel. Je prends donc la décision de ne pas rester. J'ai demandé au club, un écrit attestant qu'il n'allait pas demander d'indemnités de formation, pour mes cinq années à Nantes. Puis j'ai rejoint l'Italie.


MA: Qu’as tu trouvé dans ton parcours hors des frontières françaises ?


SP: Mon parcours à l'étranger commence par la Reggina Calcio. J'arrive dans un monde complètement différent. Tout le monde parle italien. Les entrainements sont plus longs, plus intenses. Ca me change de la formation que j'avais au FC Nantes. Là c'est un football où on calcule beaucoup. Chaque point est important à domicile comme à l'extérieur. Dans un premier temps j'étais avec la réserve et ça c'est très bien passé. Le coach de l'équipe première, à partir de janvier, m'annonce que je vais jouer en Serie B tous les matches. Une belle expérience. Après l'Italie, j'ai fait la Slovaquie au Dunajská Streda. Là c'était un peu plus facile, car le directeur sportif du club, Aljosa Asanovic (demi-finaliste de la Coupe du monde 1998 avec la Croatie) a joué à Metz et Montpellier. Le préparateur physique aussi était français. L'intégration a été plus simple qu'en Italie. J'ai passé trois saisons dans un club qui a grandit et qui aujourd'hui est souvent placé dans les tours préliminaires des compétitions européennes. Après ça, j'ai eu un petit passage éclair de deux-trois mois pas plus en Israël. Mercato raté, c'est des choses qui arrivent. Je me suis dis que j'allais jouer quelques mois, histoire de m'ouvrir des opportunités dans une grosse équipe là-bas ou bien revenir en Europe. C'est ce qui est arrivé puisque j'ai signé à Grenoble, en Ligue 2. Globalement, ce que m'a apporté l'étranger, c'est principalement les langues. Aujourd'hui je parle italien, espagnol, anglais, slovaque. Déjà une chance, pour ma culture personnelle. Ensuite, ça a fait de moi quelqu'un qui s'adapte très vite. Les habitudes de vie sont différentes à l'étranger. Parce qu'on ne fait pas que du foot. On a aussi du temps libre. Ca m'a permis de découvrir plusieurs cultures.


MA: Tu as côtoyé une génération nantaise qui aujourd’hui brille au plus haut niveau, comment l’expliques tu ?


SP: Aujourd'hui au FC Nantes, on voit effectivement des jeunes que j'ai côtoyé au centre. On va dire de la génération 93 à 97. C'est vraiment pas du tout surprenant. La maison nantaise c'est des conditions extraordinaires, que ce soit sur le plan salarial, la qualité du centre d'entrainement de la Jonelière, c'est parmi ce qui se fait de mieux en France. Le FC Nantes a toujours sorti de grands joueurs. Il a constamment compté sur sa formation, même si à un moment ça a été un peu moins le cas. Mais je pense qu'on reverra très prochainement des jeunes Canaris au plus haut niveau. Ce club a tout, que ce soit sur le plan de la formation ou même professionnel pour être dans le top niveau français et européen.


MA: Quel conseil pourrais-tu donner à un jeune d’un centre de formation qui peine à percer ?


SP: Je pourrais lui conseiller d'être patient, de ne pas brûler les étapes. Je pense que c'est important aussi de se construire humainement. Par là, j'entends apprendre des langues, etc. Profiter de toutes les chances que nous donne ce parcours. Essayer de se cultiver au maximum, ça peut toujours servir. Aujourd'hui on joue au football partout. Il faut penser à l'aspect personnel. Passer des diplômes au cas où le football ne fonctionne pas. Puis au niveau du foot, garder son objectif en tête. Travailler pour et rester humble. Dans le football, sans humilité, on se retrouve aussi vite tout en haut que tout en bas.


MA: As-tu des regrets dans ta jeune carrière ? Ferais-tu quelque chose différemment ?


SP: Je n'ai aucun regret. Je suis quelqu'un de croyant et pour moi, tout ce que Dieu me donne à vivre, pour moi c'est positif. C'est ce qui fait que je n'ai aucun regret vis-à-vis de ma carrière ou même dans ma vie en général. On peut constater dans mon style de jeu, j'ai des qualités techniques ou même d'autres qualités, je me donne toujours à fond. Que je joue 100 minutes ou 90 minutes, on ne pourra pas dire "Ah Simon aujourd'hui il était chiant. Il voulait pas courir". C'est quelque chose que j'ai depuis que je suis tout petit et que mes parents m'ont transmis. Quand on a la possibilité de jouer ou d'être dans un travail, dans une école, de toujours donner le maximum.


MA: Tu as connu l’Italie, Israël, la Slovaquie, en quoi se distinguent ces championnats ?


SP: Le championnat italien on sait tous que c'est un championnat très tactique avec beaucoup d'engagement. La Slovaquie c'est aussi très physique et tactique, mais il y a vraiment un fossé. En Serie B, le niveau est très très homogène. C'est un très bon championnat. Alors qu'en Slovaquie, sur une poule de 12 équipes, il y en a six intéressantes et les six autres ne peuvent pas vraiment lutter. Concernant Israël, c'est un championnat basé sur la technique. Là-bas, j'étais en D2, et ce que j'ai pu voir c'est que ce sont des équipes très joueuses.



Pambou sous les couleurs de la Reggina Calcio - Crédit photo : DR


MA: Lequel t’as le plus impressionné et pourquoi ?


SP: C'est l'Italie. J'étais aussi plus jeune. Mes premiers matches en professionnel, c'était un rêve qui se réalisait. J'ai joué contre Paulo Dybala qui était à ce moment là à Palerme, qui est monté. A l'Empoli, il y avait Daniele Rugani, Maurizio Sarri, ils sont montés aussi. Un championnat de qualité, avec des joueurs qui jouent aujourd'hui dans les meilleures équipes européennes. C'est vraiment ce qui m'a impressionné. Une anecdote: J'étais en formation au FC Nantes, quand le PSG nous prête Granddi Ngoyi. Et six mois avant que je début en pro en Italie, je le croise en salle de musculation. Je suis le petit du centre qui veut parler avec un pro, et à peine un an plus tard je me retrouve à jouer contre lui quand il est à Palerme. Il me reconnaît, on discute. Il me dit que c'est bien, que j'ai fait du chemin. La Serie B reste un super souvenir. J'ai aussi bien apprécié la Slovaquie. Je commençais à jouer devant beaucoup de supporters et avec toujours l'objectif de terminer dans le Top 3, Top 4. Ce qu'on a pu atteindre. Une belle expérience. Un championnat avec des jeunes joueurs de talents, qu'on retrouve pour certains aujourd'hui en Ligue 1 et ailleurs.


MA: Tu as ensuite trouvé une opportunité en France, à Grenoble. Comment s’est passé ton retour ?


SP: C'était mon premier contrat professionnel en France. Mes premiers matches pros en France devant ma famille. C'est ce souvenir là que je garde. Sur le plan personnel, ça m'a aussi permis d'être plus près de mes proches. J'ai pu voir ce que c'était la France, que je n'avais connu qu'en formation. J'en garde un merveilleux souvenir, et je vois qu'aujourd'hui le GF est bien placé, je leur souhaite tout le meilleur.


MA: Qu’as tu pensé du niveau de la Ligue 2 ?


SP: Le niveau de la Ligue 2 est très bon, sur le plan athlétique, sur le plan physique. Après, les équipes jouent un peu avec le frein à main. C'est un championnat auquel il faut vraiment s'habituer. Il y a beaucoup d'expériences aussi, les joueurs restent souvent très longtemps en Ligue 2. C'est souvent le même type de match. Quand on se déplace à Ajaccio, on sait ce qui nous attend. Quand c'est chez des promus, comme Rodez ou Chambly, on sait aussi comment se déroulent les rencontres. Après il y a des très bonnes équipes. Je me souviens du FC Metz, l'ESTAC de Troyes, des équipes vraiment joueuses. Ce qui est beau, c'est que ce n'est pas toujours l'équipe qui a le plus gros budget qui s'impose et qui domine le championnat. C'est très homogène, physique et rigoureux. En enchainant deux victoires on peut être haut, et en enchainant deux défaites être en bas. C'est très serré.


MA: Aujourd’hui tu joues en première division en Roumanie, parle nous de ce championnat, de ce pays, du style de football.


SP: La Roumanie, c'est de la première division pour moi. Un championnat basé sur la technique. Les Roumains sont des joueurs très techniques. Mais l'équipe qui domine le championnat depuis 3-4 ans, c'est une équipe avec des joueurs athlétiques. Donc, bon techniquement, intéressant tactiquement, mais qui manque un peu de physique. Par exemple à l'entrainement, on ne fait pas beaucoup de physique. Tout est basé sur la possession de balle. Sinon, ça reste un championnat avec un bon niveau, qui a souvent des équipes en Ligue Europe comme Cluj ou le Steuea Bucarest, et des grands clubs un peu en difficulté en ce moment comme le Dinamo Bucarest. Ca reste une bonne vitrine.


MA: Tu as été international avec le Congo. Raconte nous cette expérience, aimerais tu y revenir régulièrement ?


SP: Le Congo est mon pays d'origine. J'ai vraiment apprécié de jouer pour mon pays. Ca m'a permis de me frotter à des joueurs de classes internationales comme Mohamed Salah, en qualification pour la Coupe du Monde. J'y allais très souvent avant, avec Sébastien Migné, et maintenant j'y vais un peu moins régulièrement. Moi j'aime m'engager sur le long termes. Un jour j'aimerais participer à une compétition africaine ou même un Mondial.


MA: Tu as 25 ans, tu as encore de belles années devant toi. Comment vois-tu les prochaines saisons ? Quels sont tes objectifs ?


SP: Aujourd'hui j'ai 25 ans, je me fixe pour le moment des objectifs à court termes. Je veux enchaîner le maximum de match avec mon nouveau club. En ce qui concerne la sélection, on a des matches importants qui vont se dérouler en mars. La qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations. Si j'enchaîne les matches en club et que j'obtiens une qualification en sélection, je pourrais atteindre une plus grosse équipe et faire un bon transfert. Voilà mes objectifs pour le moment. Puis sur le long termes, jouer le plus longtemps possible au haut niveau.



Entretien réalisé par chat le 3/02/21

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